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Emmanuel Macron : « La France doit être à l’avant-garde des disruptions technologiques »

 

 

Les adhérents de la la Fédération des Tiers de Confiance du numérique ont rédigé et envoyé il y a quelques semaines un questionnaire aux candidats à l'élection présidentielle, pour leur permettre d'expliquer leur vision du numérique. Nous avons déjà diffusé les réponses de Marine Le Pen, d'Anne Hidalgo, de Nicolas Dupont-Aignan, de Fabien Roussel et un texte de Nathalie Arthaud, voici maintenant celles du président de la République Emmanuel Macron, candidat à un second mandat. 

 

Quel regard portez-vous sur l’évolution du secteur numérique en France ? Quelle est, selon vous, son importance ?

La transition numérique est devenue une donnée incontournable dans tous les secteurs. A ce titre, la notion de « secteur numérique » est aujourd’hui dépassée par l’omniprésence du numérique dans l’économie et la société. Cette transition est un impératif mais nous devons aussi en faire une opportunité.

L’innovation technologique constitue en effet une chance de trouver des solutions nouvelles aux défis vitaux de notre époque : transition écologique, vieillissement de la population, santé, éducation, pression démographique, etc. La France est de retour dans la course. La transition numérique crée des centaines de milliers d’emplois partout en France, dans tous les secteurs. Elles apportent des réponses à nos défis sociétaux, en matière de transition écologique comme Back Market, de santé comme Doctolib ou de pouvoir d’achat comme BlaBlaCar. Ces entreprises servent notre souveraineté technologique, qui repose sur notre capacité à faire croître des leaders technologiques (aujourd’hui OVH ou Ledger) et des champions d’usage (Doctolib, Lydia). C’est essentiel pour l’avenir de notre pays.

En même temps, le numérique peut être source de fracture pour les personnes qui s’en sentent éloignés parce qu’ils ne le maîtrise pas ou qu’ils n’y ont pas accès. L’accompagnement et l’accès au numérique doivent donc constituer des sujets de vigilance constante, pour assurer que cette transition constitue bien une opportunité pour tous les citoyens et toutes les entreprises.

 

Avez-vous, dans votre programme, un plan d’actions spécifiques concernant le secteur numérique ?

De nombreuses mesures numériques figurent dans le programme mais le numérique ne doit plus être appréhendé en silo. Chaque pan de l’action publique doit s’emparer des enjeux et des opportunités de cette transition. 

C’est le cas par exemple en matière de santé (par exemple en renforçant notre ambition en matière de télésurveillance), de territoires (en achevant la couverture fibre à horizon 2025), d’éducation et de formation (introduction du code comme langue vivante obligatoire dès la 5e au collège et formation de 400 000 développeurs et experts informatiques supplémentaires), de transformation du service public (poursuite de la simplification des démarches) ou encore de sécurité (grâce à un nouvel arsenal ambitieux pour lutter contre la cyber-criminalité).


La souveraineté numérique est-elle une priorité pour vous ? Quelles mesures comptez-vous prendre pour lutter contre le monopole des Gafam, si vous êtes élu(e) ?

Bien entendu. Renforcer notre souveraineté technologique est un chantier de long cours, particulièrement ardu. Cette ambition implique de faire émerger des champions européens, de faire respecter nos règles et nos valeurs par les géants actuels, de créer les emplois du futur, de favoriser des briques technologiques et des standards de nature à renforcer notre autonomie stratégique...

Nous avons été fers de lance en la matière et notre bilan est significatif. Nous avons d’abord agi pour renforcer la capacité de notre écosystème à faire émerger les futurs champions de demain en assurant le financement des startups à toutes les étapes de leur croissance - via la flat tax, les initiatives Tibi et scale-up Europe, avec en outre une politique d’attractivité unique au monde, soutenue par des réformes courageuses (marché du travail), via des mesures volontaristes à destination des talents (BSPCE, French Tech Visa, formation aux métiers du numérique…) et en créant un environnement réglementaire et administratif plus favorable aux startups (accompagnement avec le Next40 et FT120, déverrouillage de secteurs comme l’assurance ou la téléconsultation, etc.). Nous avons également investi dans les secteurs technologiques stratégiques, avec la multiplication de plans sectoriels ambitieux (IA, quantique, cyber, cloud, etc.). Nous avons en outre utilisé le cadre réglementaire en faveur de la souveraineté numérique, notamment en matière de fiscalité mais également en rééquilibrant le rapport de force et le partage de la valeur avec les géants actuels du numérique grâce au Digital Markets Act, qui vient de faire l’objet d’un accord sous présidence française de l’Union européenne.

Ces chantiers doivent être poursuivis et amplifiés pour produire tous leurs résultats. C’est bien sûr vrai en matière économique : fin 2017, la France comptait 3 licornes. Elle en compte aujourd’hui 26. Les investissements dans les start-up françaises ont été multipliés par 5 en 5 ans, et 2022 promet encore d’être une année record. Je veux passer à l’échelle supérieure avec l’objectif d’arriver à 100 licornes françaises et 10 géants de la Tech en Europe d’ici 2030. Nous devons continuer à développer plus de start-ups deep tech et industrielles, pour maîtriser des technologies et infrastructures critiques dans le quantique, le cloud ou le cyber. Pour cela, il nous faut favoriser une plus grande prise de risque dans les technologies transformantes. C’est pourquoi France 2030 nous permettra des investissements massifs dans l’agriculture de demain, la santé de demain, les nouvelles technologies spatiales, la prochaine génération du web et des technologies immersives (métavers).

Il nous faut aussi massifier l’émergence de toutes les entreprises innovantes, en confortant notre action en matière de financement et en favorisant l’intégration du marché européen pour favoriser leur passage à l’échelle. Je suis conscient que nous n’y arriverons pas sans les ressources humaines nécessaires. C’est pourquoi notre programme met particulièrement l’action sur l’enjeu de formation des talents de demain. 

Nous devons en outre compléter notre action dans des secteurs d’importance croissante, tels que les technologies immersives.

 

Aujourd’hui, 13 millions de Français se disent éloignés du numérique. Prévoyez-vous des actions pour favoriser l’inclusion numérique ? Et comment la FnTC pourrait-elle y participer ?

Tout d’abord, nous avons beaucoup avancé pour favoriser l’inclusion numérique ces cinq dernières années, bien que beaucoup reste à faire. Le budget État de l’inclusion numérique en 2017 était de 600 000 € ; nous l’avons augmenté à 250 M€ dans le plan de relance. Et c’est sans parler des centaines de millions investis dans l’amélioration de la couverture numérique (fibre et mobile) du territoire, avec la cible de zéro zone blanche, qui se rapproche rapidement grâce aux efforts massifs que nous avons consentis.

Mais nous avons bien entendu le devoir de poursuivre nos efforts en faveur de tous ceux qui se sentent aujourd’hui exclus de ce mouvement. Il faut accompagner chacun des 13 millions de Français qui se sentent éloignés du numérique : c’est un combat social et démocratique. Près de 2000 maisons France Services ont été ouvertes et 4000 conseillers numériques accompagnent quotidiennement nos concitoyens dans leur maitrise quotidienne des outils numériques. Si je suis élu, je pérenniserai ces postes et je doublerai leur nombre : il serait absurde de s’opposer aux transformations, mais nous avons le devoir d’accompagner et de former tous nos concitoyens à les maitriser.

 

Comment percevez-vous le rôle des Tiers de confiance du numérique ? Prévoyez-vous de soutenir la confiance numérique et ses acteurs si vous êtes élu(e) ?

La révolution numérique a bouleversé nos sociétés, notre administration et, plus généralement, la vie de nos concitoyens. Les choses bougent très vite. Trop vite pour certains. Dans ce contexte, nous avons besoin de points de repère et, dans certains cas, de points d’appui. Pour moi, c’est cela le rôle des tiers de confiance du numérique : fournir une offre de services telle que ceux qui sont moins aguerris, ceux qui n’ont pas les moyens ou les compétences pour regarder sous le capot puissent se dire qu’ils peuvent recourir à des solutions numériques, en toute confiance.

 

Prévoyez-vous de prendre des mesures pour favoriser l’hébergement des données et notamment les archives numériques, en France avec des opérateurs français ?

Je suis particulièrement engagé en faveur du développement d'une offre de services d'informatique en nuage européenne. Face à la numérisation croissante de nos sociétés, accentuée par la crise sanitaire, le gouvernement a élaboré une stratégie nationale reposant sur trois piliers pour l'informatique en nuage : une doctrine ambitieuse en matière de protection des données sensibles, avec notamment le label SecNumCloud visant à favoriser l'émergence de solutions technologiques assurant un haut niveau d'immunité au droit non-européen et identifiables par les utilisateurs, la nouvelle politique « cloud au centre » des administrations et une politique industrielle résolue. Ce dernier pilier passe par la mobilisation des instruments de soutien à l’innovation, notamment en soutien de technologies critiques telles que les solutions de haut niveau pour le déploiement de l'intelligence artificielle et du big data ou encore les suites logicielles de travail collaboratif.

 

Comptez-vous développer l’attractivité de la France pour les projets Blockchain et favoriser la mise en œuvre de cette technologie ?

La France doit être à l’avant-garde des disruptions technologiques. La blockchain fait partie des technologies prometteuses pour lesquelles nous devons mobiliser nos instruments de soutien à l’écosystème français et à l’innovation en France - comme nous le faisons d’ailleurs déjà depuis plusieurs années via un cadre réglementaire innovant en matière de cryptoactifs

Par ailleurs, il existe des synergies potentielles entre les technologies blockchain et les technologies immersives pour dessiner une nouvelle génération du web. Je suis d’ailleurs convaincu que la France doit se doter d’une stratégie dédiée pour le métavers, incluant des sujets comme celui des « Non Fungible Tokens » (NFT), qui reposent sur la technologie blockchain.

Concrètement, je veux faire en sorte que les acteurs européens maîtrisent les briques technologiques associées au métavers pour ne pas dépendre des géants américains ou chinois. Nous avons déjà un terreau très fertile d’acteurs d’une part dans le champ de la réalité virtuelle et augmentée et d’autre part dans le champ de la blockchain et du web3. L'idée serait par exemple de soutenir des moteurs graphiques alternatifs, des technologies de captation, ou encore de travailler autour d’univers immersifs qui reproduisent les propriétés physiques de notre monde.

 

Comment comptez-vous assurer auprès des Français le succès de la plateforme numérique en santé Mon espace santé et tout particulièrement le catalogue de services pouvant être mis à disposition des assurés par les industriels ?

Alors qu’on nous disait que c’était impossible et que ce serait un énième avatar du DMP, "Mon espace santé" est d’ores et déjà disponible sous la forme d'un site internet et bientôt d'une application. C’est un formidable outil qui inclut dès à présent le dossier médical informatisé dans lequel vous pouvez verser tous vos documents médicaux, ainsi qu’une messagerie sécurisée pour dialoguer avec votre médecin. Il sera créé automatiquement pour chaque assuré à la Sécurité sociale d'ici à mai, sauf bien sûr opposition individuelle. Ce portail répond d’abord à l’enjeu de faciliter les parcours de soin de nos concitoyens et la relation à leur professionnel de santé. Ensuite à l’enjeu de souveraineté, pour éviter que les parcours et les données de santé des Français ne soient maîtrisés par des plateformes étrangères privées. C’est pourquoi l'ensemble des données est géré par l'Assurance maladie et hébergé par des sociétés françaises.

 

La règlementation européenne prévoit la généralisation d’une identité numérique européenne pour garantir la protection des données à caractère personnel des citoyens. Mais des inconnues subsistent sur les caractéristiques opérationnelles de cette identité et la sécurité du dispositif. Quelle est votre position par rapport à ce futur dispositif ?

Je veux d’abord rappeler les avancées de ces derniers mois. Depuis août 2021, plusieurs millions de Français disposent de la nouvelle carte d’identité, qui va très prochainement permettre la simplification de nombreuses démarches par le numérique, par exemple quand un organisme vous demande une preuve d’identité. Je pense aussi à France Connect, solution plébiscitée par 33 millions de nos concitoyens pour l’accès aux services publics nationaux et locaux. Nous n’avons donc pas attendu pour répondre à l’attente d’une identité numérique accessibles à tous et simple d’usage.

Cela étant dit, la proposition de la Commission européenne va bien sûr dans la bonne direction et va nous permettre d’accélérer dans l’harmonisation à l’échelle de l’Union. Chaque citoyen pourra se servir de son identité numérique dans n’importe quel État membre et pas seulement dans son pays d’origine, sans frais supplémentaires, que ce soit pour ouvrir un compte bancaire, réaliser une déclaration fiscale, louer un véhicule ou un appartement, tout en conservant le contrôle de ses données. Ce dernier point est central : la France veillera à ce que toutes les précautions soient prises pour garantir le plus haut niveau de protection de nos données personnelles.

 

Avec une nouvelle réglementation européenne (eIDAS2) et la mise en place d’un service gratuit d’archivage pour les utilisateurs de la facture électronique, le marché français de la sécurisation des données, via l’hébergement et l’archivage, est fortement perturbé. Comptez-vous prendre des mesures d’accompagnement ?

L'évolution du cadre réglementaire européen sur les services numériques de confiance, qui permettra de renforcer le marché numérique européen, et la généralisation en France de la facturation électronique, dans les cinq ans à venir, sont deux opportunités majeures pour les entreprises du secteur. Ces chantiers contribueront à moderniser notre économie grâce à la meilleure utilisation de solutions numériques sécurisées. Comme dans tous les chantiers de transformation que je propose, une association de toutes les parties prenantes s'impose : les entreprises qui devront numériser leurs pratiques et notamment leurs factures, les fédérations professionnelles, les fournisseurs de solutions numériques utilisées, les représentants des professions concernées. C'est dans ce cadre et en concertation que la nécessité de mesures d'accompagnement pourra être discutée.

 

Prévoyez-vous de mettre en place des solutions régaliennes pour simplifier la relation digitale et lutter contre la fraude (avec une identité numérique élargie, au sens du « Digital Wallet » prévu par le règlement européen eIDAS notamment) ?

Dans un contexte de numérisation accélérée, le développement de solutions d'identité numérique sécurisée est un enjeu majeur de développement économique, de simplification du quotidien et de lutte contre la fraude à l’identité. La France doit sans aucun doute se positionner en pointe dans le domaine. Pour ce faire, nous devons disposer de solutions régaliennes pour les usages les plus sensibles : je pense par exemple à la plainte en ligne ou encore à la procuration de vote. Mais nous devons aussi développer vigoureusement les solutions privées, dans un marché concurrentiel de la confiance, par exemple dans les domaines de la banque, de l'assurance ou de la santé. Votre fédération compte en son sein des acteurs particulièrement bien placés dans cette optique, qui auront des arguments à faire valoir au niveau européen.

 

Le transfert de données hors de l’Union européenne, en particulier pour les USA, pose actuellement question ; le RGPD pourrait même constituer un frein pour les entreprises françaises ayant recours à des prestataires incontournables (notamment pour les technologies innovantes comme l’IA). Entendez-vous reprendre les discussions au niveau de la Commission européenne à ce sujet ?

La Commission européenne et les Etats-Unis ont annoncé le 25 mars dernier la signature d'un accord de principe sur les échanges de données, accord dont les termes exacts sont encore attendus et qui dépend aussi d’engagement des Etats-Unis à changer leur droit. Nous entendons poursuivre les discussions au niveau européen sur ce sujet afin d’aboutir à un accord définitif qui permettrait de mettre fin à près de deux ans d'insécurité juridique pour les entreprises et à ce titre, nous souhaitons bien sûr parvenir à un accord. Mais après le Safe Harbor et le Privacy Shield, annulés respectivement en 2015 et 2020, nous serons particulièrement vigilants à ce que le nouvel accord respecte scrupuleusement les standards européens de protection des données et garantisse la protection des droits fondamentaux des Européens et des Français.

 

L'innovation digitale se traduit par une évolution, voire une révolution du cadre réglementaire et normatif tant au niveau européen qu'au niveau mondial, émergence des néobanques, des services de confiance BtoB et BtoC (identités numériques, signature électronique, archivages), des paiements à valeurs ajoutées (Instant payment, QRCode, ...) et de services associés à de la blockchain et des cryptomonnaies : le secteur financier français est en pleine mutation et ce alors que de nouveaux acteurs européens doivent émerger pour concurrencer les géants américains et asiatiques. Comment comptez-vous accompagner ces bouleversements ?

Dans le secteur financier des cryptoactifs, je souhaite protéger les investisseurs, préserver la stabilité du système financier, tout en respectant deux principes : permettre l’innovation et appliquer des règles uniformes en Europe. C’était la philosophie retenue dans la loi Pacte, qui a posé de premières règles équilibrées dans ce secteur (fiscalité, comptabilité, cadre réglementaire pour les prestataires de service, etc.). De manière générale, l’innovation dans le numérique est si rapide qu’il faut en permanence coupler accompagnement et régulation, dans la recherche d’un équilibre qui préserve à la fois les particuliers, les entrepreneurs et la société. C’est la ligne que nous avons tenue depuis cinq ans et que je continuerai de tenir.


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