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Nicolas Dupont-Aignan: « Je suis tout à fait hostile à une identité numérique européenne »

 

La Fédération des Tiers de Confiance du numérique a interpellé les candidats à la présidentielle en leur soumettant un questionnaire sur le numérique. Après les réponses d'Anne Hidalgo, et le texte envoyé par Nathalie Arthaud, voici les réponses de Nicolas Dupont-Aignan, candidat de "Debout la France". 

 

Quel regard portez-vous sur l’évolution du secteur numérique en France ? Quelle est, selon vous, son importance ?

J’ai tout d’abord une vision d’avenir concernant l’évolution du secteur numérique en France, car il est important que nous retrouvions notre souveraineté numérique si l’on veut retrouver de la compétitivité face au monopole des GAFAM américains.

Depuis 20 ans, nous avons laissé les Etats-Unis contrôler l’économie, les technologies et la régulation de la révolution numérique à leur seul profit.

La réelle maîtrise des technologies de télécommunication et l’excellence française en informatique ont été gâchées par l’inaction des différents gouvernements. Les différents scandales d’écoutes téléphoniques, d’espionnage mais aussi d’abus commerciaux sur la vie privée de nos concitoyens, montrent l’urgence de briser l’hégémonie américaine sur la révolution numérique.

La France, en partenariat avec ses alliés européens et ses amis francophones qui le souhaitent, doit assurer sa propre souveraineté numérique, au service de nos intérêts, de notre sécurité mais aussi de notre culture. 

 

Avez-vous, dans votre programme, un plan d’actions spécifiques concernant le secteur numérique ?

Évidemment, je vous invite à retrouver mon plan d’action ainsi que mes 22 mesures spécifiques concernant le secteur numérique sur : https://2022nda.fr/projet/sciences-souverainete-industrielle/  



La souveraineté numérique est-elle une priorité pour vous ? Quelles mesures comptez-vous prendre pour lutter contre le monopole des Gafam, si vous êtes élu ? 

Comme évoqué précédemment, il s’agit du fer de lance de ma stratégie avec des mesures très concrètes, notamment : 

  • Créer ou en récupérer des acteurs et des outils numériques souverains français (liés à l’hébergement, au transport de l’information, aux réseaux sociaux, aux chaînes de blocs, au streaming), non censurés et rayonnants dans la francophonie et spécialement l’Afrique.
  • Lancer notre propre moteur de recherche (un « Google » francophone) et nos propres réseaux sociaux (l’Asie sachant le faire hors GAFAM), plateformes de streaming, un magasin digital d’applications et de contenus (tous médias) indépendants pour un rayonnement culturel en partenariat avec le monde francophone, africain en particulier (le français, deuxième langue mondiale en 2050), et des clients européens ou mondiaux qui acceptent une alternative aux solutions américaines ou asiatiques.
  • Prendre les initiatives pour faire de la France la championne des logiciels libres et déploiement de logiciels souverains, notamment pour garantir la sécurité des systèmes d’exploitation utilisés par l’Etat, dont notre armée, et des données de nos entreprises stratégiques ou adhérentes à cette nécessité.
  • Obliger tous les dirigeants, hauts-fonctionnaires personnels sensibles à utiliser des moyens de télécommunication sécurisés, protégés de tout risque d’espionnage.
  • Désaliéner nos enfants, nos entreprises, nos associations, nos services, toute la société des GAFAM avec systématiquement une alternative open source ou française hors de leur giron (génie logiciel, conception 3D, réalité virtuelle). Créer un label d’autonomie sur tous produits numériques (symbolique type nutri-score)

 

Aujourd’hui, 13 millions de Français se disent éloignés du numérique. Prévoyez-vous des actions pour favoriser l’inclusion numérique ? Et comment la FnTC pourrait-elle y participer ? 

Bien sûr, voici mes propositions concernant la formation et l’accompagnement continu au numérique :  

  • assurer une formation et un accompagnement continu au numérique, adaptés et efficaces pour tous, avec prise en compte de l’illectronisme, une sanctuarisation ``sans digital`` à l’école élémentaire mais ``excellence numérique`` dès le collège.
  • Revaloriser le travail manuel indissociable de la digitalisation de tous les actes. Cesser d’exclure les gens brillants des circuits manuels et rénovons les filières spécialisées pour former les futurs ouvriers, capables d’exploiter les outils du numérique en fabrication additive en particulier (impression 3D Métallique, verre, béton …).
  • Concentrer les moyens dans des filières professionnelles d’excellence et mettre fin à la dilution des formations au numérique. Il est inutile de saupoudrer un vague enseignement au numérique tout au long du primaire souvent au détriment de la lecture, de l’écriture et du calcul, des mathématiques à réhabiliter, disciplines à sanctuariser du digital à ces âges. Les jeunes sont en effet bien plus à l’aise que leurs parents avec les nouvelles technologies sans enseignement particulier. En revanche, dès le collège et surtout au lycée, avoir une haute exigence en programmation-codage, algorithmie, conception de systèmes et en manipulation des outils digitaux (conception 3D avancée pour les NFT et métavers, simulation, impression 3D, création d’une agrégation du numérique sur ces savoirs).
  • Intensifier les formations aux métiers du numérique au sein de Pôle emploi et dans la formation professionnelle continue, en proposant une formation à l’informatique et à l’entreprenariat aux demandeurs d’emploi et employés – indépendants désireux de créer leur entreprise dans le numérique ou de se reconvertir.
  • Accompagner les citoyens illectronisés, leur nombre étant, actuellement, incompressible sur les anciennes générations ou les situations de handicaps cognitifs, lutter contre la précarité numérique au niveau local en implantant un maillage fin de Tiers –Lieux équipés en standard de différents équipements.

 

Comment percevez-vous le rôle des Tiers de confiance du numérique ? Prévoyez-vous de soutenir la confiance numérique et ses acteurs si vous êtes élu ?

Alors que le numérique est plus que jamais l’objet de fantasmes avec le développement de l’intelligence artificielle, il me paraît nécessaire de faire confiance aux garde-fous en lien avec le ministère de l’Économie, de l'Industrie et du Numérique ainsi qu’en lien avec la CNIL. Je prévois en effet de soutenir et de développer la confiance numérique et ses acteurs si je suis élu Président de la République française. 

 

Prévoyez-vous de prendre des mesures pour favoriser l’hébergement des données et notamment les archives numériques, en France avec des opérateurs français ?

Oui, nous privilégierons les appels d’offres concernant l’hébergement de nos données ainsi que nos archives en France, nous avons la chance d’avoir des pépites de l’hébergement Internet tels qu'OVH, numéro un européen. 

Je souhaite reprendre le contrôle sur les multinationales numériques en exigeant l’hébergement des données issues d’usagers français en France par des acteurs indépendants ou étatiques avec un vrai droit à l’oubli et une possibilité faible de traçage pour l’usager ou d’exploitation marketing sans consentement. Sortir du projet européen GAIA-X pour des projets franco-français, à la dimension de nos besoins, sous l’égide de l’INRIA et surtout entièrement « dégafaméisés ».

La France doit également disposer de mégacentres de calculs et d’hébergement de données, éco-responsables et même producteurs d’énergie pour le chauffage collectif ou individuel.

Je préconise par ailleurs la construction d'un véritable Cloud français souverain et surtout un Espace Numérique du Citoyen Français (ENCF) en alternative aux GAFAM.

Enfin, la création d’un hébergement souverain français, en remettant en cause le choix de solution des GAFAM licenciées (Cloud de Confiance), me paraît indispensable.

 

Comptez-vous développer l’attractivité de la France pour les projets Blockchain et favoriser la mise en œuvre de cette technologie ? 

Si les projets Blockchain apportent certes des avancées importantes, il n’y a en revanche rien qui soit plus mondialiste, ce qui pose donc la question de notre souveraineté et de notre sécurité nationale. Il y a par ailleurs un élément connexe qui explique une part du rejet occidental pour ces nouvelles monnaies : l’énorme impact écologique. En effet, la blockchain (traduite par "chaîne de blocs"), le moteur des crypto-monnaies, est énergivore pour les calculs dits de"minage" nécessaires. En 2018 (chiffres du cabinet Digiconomist), le minage du bitcoin représentait l’émission d’autant de CO2 qu'un million de vols transatlantiques ! La Chine est le premier pays-fermier en cryptos et son électricité est massivement issue des centrales à charbon comme nous le savons bien…   

Je propose depuis des années des solutions ambitieuses qui anticipent les défis de notre siècle. Les crypto-monnaies étant inéluctablement amenées à se développer, la politique de l'autruche n'aurait aucun intérêt et il est du devoir de l'Etat d'en prévenir les conséquences en réfléchissant en amont à leur régulation.


Comment comptez-vous assurer auprès des Français le succès de la plateforme numérique en santé Mon espace santé et tout particulièrement le catalogue de services pouvant être mis à disposition des assurés par les industriels ?

« Succès » car les Français n’ont pas eu le choix ! Bien que le ministère de la Santé garantit la sécurité de cette plateforme en lien avec la CNIL, permettez-moi de n'avoir en eux qu'une confiance limitée et de m'interroger sur les risques de fuites des données personnelles de santé des Français, de leur confidentialité et de leur croisement. Je rappelle en effet que la CNIL a autorisé la collecte lucrative des données de santé des Français via leur carte vitale au leader mondial des données de santé, IQVIA, sans aucune autorisation de leur part, mais surtout sans qu’ils en aient connaissance ! 

Je crains par ailleurs que cette fuite en avant du tout-numérique dans nos vies, ne nous conduise vers une forme d'aliénation de l'être humain aux nouvelles technologies et à une société orwellienne du contrôle, à l'instar de ce qui existe déjà en partie en Chine et à quoi je me refuse catégoriquement.

La règlementation européenne prévoit la généralisation d’une identité numérique européenne pour garantir la protection des données à caractère personnel des citoyens. Mais des inconnues subsistent sur les caractéristiques opérationnelles de cette identité et la sécurité du dispositif. Quelle est votre position par rapport à ce futur dispositif ? 

Je suis tout à fait hostile à cette idée de généraliser une identité numérique européenne, car qui peut être en mesure de nous garantir la bonne protection des données à caractère personnel de nos concitoyens ? Je proposerai dans un nouveau traité de refondation d'une Europe des nations, l’indépendance et le souverainisme numérique des états européens.

 

Avec une nouvelle réglementation européenne (eIDAS2) et la mise en place d’un service gratuit d’archivage pour les utilisateurs de la facture électronique, le marché français de la sécurisation des données, via l’hébergement et l’archivage, est fortement perturbé. Comptez-vous soit prendre des mesures d’accompagnement ?

La signature électronique est une avancée qui facilite bien des démarches, mais de la même façon que pour les GAFAM, méfions-nous des « services gratuits ». En effet, tout service gratuit implique généralement l’utilisation de données en échange de cette gratuité. Les données critiques de nos marchés et de nos appels d’offres doivent être hébergés en France ! Comme évoqué précédemment, la confiance n’exclut pas le contrôle, c’est pourquoi cet enjeu devra être pris en compte dans le traité de refondation d'une Europe des nations que je porte, afin de garantir l’indépendance et le souverainisme numérique des états européens. 

 

Prévoyez-vous de mettre en place des solutions régaliennes pour simplifier la relation digitale et lutter contre la fraude (avec une identité numérique élargie, au sens du « Digital Wallet » prévu par le règlement européen eIDAS notamment) ?

Bien sûr que nous prévoyons de simplifier la relation digitale et de lutter plus efficacement contre la fraude, mais pas à n’importe quel prix, nos données resteront en France avec l’émergence d’une intelligence artificielle française. Non, aucune « identité numérique élargie » au risque que celle-ci devienne une identité numérique couplée à l’intelligence artificielle et à un système de points « à la Chinoise ». J’y suis fermement hostile. 

 

Le transfert de données hors de l’Union européenne, en particulier pour les USA, pose actuellement question ; le RGPD pourrait même constituer un frein pour les entreprises françaises ayant recours à des prestataires incontournables (notamment pour les technologies innovantes comme l’IA). Entendez-vous reprendre les discussions au niveau de la Commission européenne à ce sujet ?

En effet, les Patriot Act ainsi que le Cloud Act, sont des « permis d'espionner » anti-RGPD. Permettez-moi toutefois de vous rappeler que je n'accorde aucune légitimité à la commission européenne, entité antidémocratique non élue. 

Je reprendrai toutefois les discussions,  au niveau national, et j’irai même plus loin en proposant un traité d’une Europe des nations et des projets à la carte, respectueuse de l'indépendance et de la souveraineté des états. Ce préalable permettrait alors de faire naître des géants informatiques européens, capables de concurrencer les puissances américaines et chinoises.

 

L'innovation digitale se traduit par une évolution, voire une révolution du cadre réglementaire et normatif tant au niveau européen qu'au niveau mondial, émergence des néobanques, des services de confiance BtoB et BtoC (identités numériques, signature électronique, archivages), des paiements à valeurs ajoutées (Instant payment, QRCode, ...) et de services associés à de la blockchain et des cryptomonnaies : le secteur financier français est en pleine mutation et ce alors que de nouveaux acteurs européens doivent émerger pour concurrencer les géants américains et asiatiques. Comment comptez-vous accompagner ces bouleversements ? 

Il est vrai que nous ne pouvons pas rester à « la marge » des innovations, mais nous ne pouvons plus continuer à cautionner des innovations mondialistes au péril de l’économie de notre Nation. C’est pourquoi je compte en effet accompagner ces bouleversements, mais pas à n’importe quel prix et en lien étroit avec le ministère de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique. Plus concrètement, vous connaissez ma position concernant l’utilisation de codes QR : s'ils se sont démocratisés malheureusement avec la pandémie, je ne tolérerai aucune avancée technologique au dépens de ce qui fonde le pilier de notre République : la liberté. Comme évoqué précédemment, seule la proposition d’un nouveau traité de refondation de l'Europe, fondée sur l'indépendance et la souveraineté des nations, permettra des coopérations à la carte sur des grands projets tels que la création de géants français, voire européens.


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